Le solitaire, un jeu de cartes qui se joue seul
Commençons par lever une petite confusion. Le solitaire n'est pas un jeu unique, mais toute une famille de jeux de cartes que l'on pratique en solo. Les Anglais parlent de "patience", les Français de "réussite", et le mot solitaire s'est imposé au fil du temps pour désigner l'ensemble. Le principe commun tient en une phrase, un seul joueur cherche à remettre de l'ordre dans un jeu mélangé, en suivant des règles précises de rangement.
Parmi la centaine de variantes existantes, une seule a conquis la planète, le Klondike. C'est celle à laquelle tout le monde pense, celle des ordinateurs, avec ses colonnes de cartes et ses quatre familles à reconstituer en haut de l'écran. C'est donc elle que nous allons détailler ici, car apprendre le Klondike, c'est déjà comprendre l'esprit de tous les autres solitaires.
Ce qu'il vous faut pour commencer
La bonne nouvelle, c'est que le matériel se résume à presque rien. Un jeu de 52 cartes classique suffit, sans les jokers. Une table dégagée, un peu de place, et vous voilà parti. Aucun adversaire à convaincre, aucune règle à négocier, le solitaire se joue quand on veut, où l'on veut, ce qui explique sans doute une partie de son succès. Et si vous n'avez pas de cartes sous la main, une version en ligne fera parfaitement l'affaire (nous y reviendrons).
La mise en place, comment disposer les cartes
Voici l'étape qui impressionne les débutants et qui, une fois comprise, devient un réflexe. Après avoir bien battu le paquet, on construit ce que l'on appelle le tableau, soit sept colonnes de cartes disposées côte à côte.
La première colonne reçoit une seule carte, la deuxième en reçoit deux, la troisième trois, et ainsi de suite jusqu'à la septième qui en compte sept. Dans chaque colonne, seule la carte du dessus est retournée face visible, toutes les autres restent cachées. Vous utilisez ainsi 28 cartes. Les 24 restantes forment la pioche, que l'on pose sur le côté, face cachée.
Reste enfin à réserver, en haut de votre espace de jeu, quatre emplacements vides. Ce sont les fondations, le coeur du jeu, là où la victoire va se construire carte après carte.
Le but du jeu, reconstituer les quatre familles
L'objectif est simple à énoncer. Il s'agit de remplir les quatre fondations, une par couleur (pique, coeur, carreau, trèfle), en rangeant les cartes dans l'ordre croissant. On commence obligatoirement par l'As, puis le 2, le 3, et l'on grimpe jusqu'au Roi. Quand les quatre familles sont complètes, de l'As au Roi, la partie est gagnée. Toutes les cartes ont retrouvé leur place, la réussite est faite.
Dit comme cela, on pourrait croire que c'est une formalité. C'est tout l'inverse. Entre le désordre du départ et cet alignement parfait, il va falloir manoeuvrer, et c'est là que les règles de déplacement entrent en jeu.
Les règles de déplacement, faire avancer la partie
Sur le tableau, les sept colonnes ne se rangent pas comme les fondations, mais à l'envers et en alternant les couleurs. On empile les cartes dans l'ordre décroissant, en alternant une carte rouge et une carte noire. Concrètement, vous pouvez poser un 8 noir sur un 9 rouge, puis un 7 rouge sur ce 8 noir, et ainsi de suite. Cette règle de l'alternance rouge-noir est la clé de tout, gardez-la en tête.
Quand vous déplacez une carte visible d'une colonne, la carte cachée qui se trouvait dessous se retourne, et vous découvrez une nouvelle possibilité. Peu à peu, les colonnes se dégarnissent. Si l'une d'elles finit par se vider complètement, elle devient une case précieuse, car seule une carte Roi (ou une suite commençant par un Roi) a le droit de venir s'y installer.
Lorsque plus aucun mouvement ne vous convient sur le tableau, vous piochez. Les cartes de la pioche viennent alimenter une défausse, dont la carte du dessus est jouable à tout moment, vers une colonne ou directement vers une fondation. Et quand la pioche est épuisée, on la retourne pour la parcourir de nouveau.
Nota Bene : il existe deux façons de piocher, qui changent radicalement la difficulté. En "pioche par une carte", vous retournez les cartes une à une, ce qui est le mode le plus accessible. En "pioche par trois", vous les sortez par paquets de trois et ne pouvez jouer que celle du dessus, ce qui corse nettement la partie. Les débutants ont tout intérêt à commencer par la première.
Nos conseils pour débuter du bon pied
Connaître les règles est une chose, jouer intelligemment en est une autre. Quelques réflexes simples font vite la différence entre une réussite qui coince et une partie qui se déroule.
- Sortez les As et les 2 sans attendre. Ce sont les fondations de vos fondations, dégagez-les dès que possible.
- Ne videz pas la pioche trop vite. Chaque carte piochée peut vous manquer plus tard. Travaillez d'abord le tableau au maximum.
- Retournez en priorité les cartes cachées. Une colonne pleine de cartes face visible mais bloquées ne sert à rien, l'information se cache dessous.
- Réfléchissez avant de remplir une colonne vide. Un Roi bien choisi ouvre le jeu, un Roi posé au hasard peut le refermer.
Et surtout, ne remontez pas systématiquement vos cartes vers les fondations. Une carte gardée sur le tableau reste utile pour accueillir d'autres cartes, alors qu'une fois montée, elle en redescend rarement. La patience, encore et toujours, porte bien son nom.
Un jeu de cartes devenu culte grâce à l'ordinateur
Si le solitaire est aujourd'hui le jeu le plus pratiqué au monde sur ordinateur, il le doit à une drôle d'histoire. En 1990, Microsoft glisse une version du Klondike dans son système Windows 3.0. Le jeu a été programmé deux ans plus tôt par un stagiaire, Wes Cherry, et ses cartes ont été dessinées par Susan Kare, la graphiste à qui l'on doit une bonne partie des icônes de l'époque.
L'idée n'était pas seulement de distraire. À une période où beaucoup découvraient la souris, faire glisser des cartes d'une colonne à l'autre était le meilleur moyen d'apprendre, en douceur, le fameux "glisser-déposer". Des millions de personnes ont ainsi apprivoisé leur ordinateur en jouant à la réussite, souvent sans même s'en rendre compte. Le petit jeu de cartes était devenu, mine de rien, un formidable professeur.
Toutes les parties sont-elles gagnables ?
C'est la question que tout le monde se pose après quelques échecs de suite. Rassurez-vous, la faute n'est pas toujours la vôtre. Au Klondike en pioche par une carte, on estime qu'environ 79 % des donnes sont théoriquement gagnables, soit près de huit sur dix. Autrement dit, il existe bel et bien des donnes perdues d'avance, mais elles restent minoritaires.
Certaines variantes sont bien plus clémentes. Le FreeCell, par exemple, où toutes les cartes sont visibles dès le départ, affiche un taux de parties solvables proche de 99,999 %. Sur les 32 000 donnes de la version Windows historique, une seule s'est révélée impossible à terminer, la donne numéro 11982, débusquée par ordinateur. De quoi relativiser la prochaine partie qui vous résiste...
À vous de jouer
Vous savez désormais tout ce qu'il faut pour vous lancer, la mise en place, le but, les déplacements et quelques astuces pour ne pas vous y perdre. Le reste, c'est l'affaire de la pratique, car le solitaire est un de ces jeux qui s'apprennent vraiment en jouant, une partie après l'autre.
Le plus simple, pour s'exercer sans avoir à battre les cartes, reste encore l'écran. On trouve d'excellentes versions pour jouer gratuitement au solitaire en ligne, avec le retournement automatique des cartes et la possibilité de recommencer une donne d'un simple clic. Et quand les règles n'auront plus de secret pour vous, vous pourrez passer à la vitesse supérieure en découvrant nos stratégies pour gagner au solitaire plus souvent. Bonne réussite !

